Agir en équipe, vivre en Eglise

mardi 5 mars 2019

L'équipe pastorale de l'UP Manhay - Saint-François, avec Monseigneur Vancottem et Jacques Delcourt, diacre Le logo de l'UP, réalisé par Willoos

Après quatre ans de ministère à Manhay, nous avons amené petit à petit les chrétiens à se sentir concerner par la vie de leurs églises du village et de leur secteur en général. Ils se sont sentis responsables du bien vivre ecclésial. Cela passe d’abord par un travail en équipe au niveau des prêtres et ensuite au niveau de l’équipe pastorale et enfin au niveau de toutes les commissions et groupes pastoraux.
Nous avons vite réalisé que le problème à Manhay n’était pas théologique ou même philosophique ; le problème pour son décollage pastoral était de développer un esprit d’équipe. En général, chacun assumait sa tâche avec toutes les bonnes intentions possibles, et selon ses capacités : le prêtre, le trésorier, la chorale des jeunes, Catéchèse, liturgie, le groupe de prières, de pèlerinage etc. Chacun voulait s’engager et faire vivre nos paroisses. Mais travaillaient-ils vraiment ensemble ? Dans le sens « un pour tous, tous pour un ».
L’esprit d’équipe, l’apôtre Paul l’exprime de façon claire et nette. Dans un célèbre passage de l’épitre aux Éphésiens, il affirme que chaque ministère a pour but d’édifier le corps dans son ensemble et de former chaque membre en vue de son service rendu au Christ (Ép 4.11-13).
Comment développer une équipe efficace ? Et quels en seront les bénéfices ? Ces questions se posent, surtout dans nos églises du village, où l’on considère souvent que le prêtre doit tout faire et tout organiser et même temps comme quelqu’un qui finira par partir, qui vient pour évangéliser, pour conduire le culte et pour prier avec les gens en difficulté. Il fait donc son boulot et il est payé pour cela. Cette manière de penser ne favorise nullement l’intégration des autres membres dans cette mission. On regarde les affaires de l’Eglise comme celles du prêtre et celles de la communauté, tous baptisés qui formons l’église.
L’église n’est pas une affaire ou une entreprise personnelle du prêtre qu’il doit organiser à sa guise, sans participation des laïcs. Car il y a à mon avis beaucoup de bonheur pour tous de travailler en équipe. Avant de se mettre à développer un travail en équipe, il faut que le pasteur et les conseillers en comprennent la valeur immense. Il ne s’agit pas seulement de devenir plus efficace dans le travail, mais encore de refléter davantage les intentions du Seigneur pour son Église : fonctionner comme un « corps ». Cette image renvoie, non seulement à une diversité de fonctions mais aussi à une cohérence dans la mission à mener ensemble.
Un autre aspect de cet avantage est que des préjugés et les murs tombent et on se découvre mutuellement frères et sœurs en Christ. Des potentiels conflits sont désamorcés, d’autant plus que nos différences sont causes de joies, mais aussi de nos manques d’harmonie. Du coup, la vie et la confiance renait en chacun et à tous. Enfin la beauté de vivre, d’annoncer et de célébrer en communauté fait la joie de suivre le Christ.
Un des aspects le plus important est l’unité dans la direction (équipe d’animation pastorale) qui fournit la base pour maintenir l’unité dans toute la communauté chrétienne. Dans les Églises primitives, des rapports tendus, ethniques et culturels, ont menacé de briser en éclats l’harmonie existante. Or, les dirigeants de l’époque se sont efforcés de prendre une position unie, et c’est cela qui a empêché les Églises de se désagréger dans des factions et de se diviser (cf. Ac 15.5-21). Quand le pasteur et le conseil travaillent ensemble pour résoudre des problèmes et qu’ils développent un consensus sur des questions pastorales problématiques, cette attitude va se répandre dans toute la communauté. Par conséquent, nombre de conflits seront étouffé dans l’œuf. Cette attitude va rassurer les responsables, leur montrer qu’ils sont sur la bonne voie et augmenter la confiance dans la communauté.
Pour chercher l’unité il n’est pas nécessaire d’avoir le même avis sur tous les sujets, même pas sur les questions qui font débat. L’unité et le consensus émergent dans la mesure où le pasteur et le conseil se respectent et s’écoutent mutuellement, et que chacun se montre capable de passer outre ses propres idées, dans l’intérêt du plus grand nombre
Dans toute la Bible, le leadership était partagé par plusieurs, de sorte que la charge ne reposait pas sur les épaules d’une seule personne. Suivant le conseil de Jéthro, Moïse a cherché des hommes capables de l’assister dans la surveillance du peuple (Ex 18.13-27). Jésus a recruté douze apôtres pour surveiller l’édification de l’Église. Barnabas a recruté Paul afin de l’aider dans la direction de la nouvelle Église à Antioche (Ac 11.22-27). Servir dans l’Église, ce n’est pas une performance de superstars talentueuses mais un « sport d’équipe ». Quand les responsables savent partager les charges avec d’autres personnes et que les équipiers savent s’encourager les uns les autres, la base du leadership s’en retrouve élargie
Puisque nous vivons toujours avec notre nature pécheresse, nous avons besoin d’autres personnes afin de pallier nos manquements et nos faiblesses. Personne n’a suffisamment de talent et de spiritualité pour être un serviteur « complet ». À cause de nos erreurs, nous avons besoin de la correction des autres. En travaillant ensemble, c’est la diversité qui fait notre force
(1 Co 12). Paul, un homme zélé et très volontaire, avait besoin de la compassion d’un Barnabas afin de trouver l’équilibre dans le ministère (Ac 15.36-41). Ayant la parole difficile, Moïse avait besoin de l’éloquence d’un Aaron (Ex 6.30-7.2). Même dans son état parfait avant la chute, Adam avait besoin d’Ève qui lui servait de vis-à-vis (Ge 2.20). Quand différentes personnalités collaborent, chacune avec ses talents, son arrière-plan et ses opinions, elles dépassent leurs points faibles, et leurs points forts seront au bénéfice de tous.

Un autre avantage est la stabilité dans l’organisation pastorale. Le départ du pasteur est un des moments les plus difficiles pour une communauté locale. Or ce départ sera beaucoup moins déstabilisateur si le pasteur a développé l’esprit d’équipe et que tous les conseillers sont impliqués dans la direction de l’Église. Josué était capable de prendre la relève de Moïse et de mener la conquête du pays de Canaan, parce qu’il avait déjà été impliqué dans la gouvernance du peuple du temps de son prédécesseur (Ex 17.9-14 ; 24.13 ; Dt 1.38). L’Église primitive s’est remarquablement développée parce que ses dirigeants avaient déjà porté des responsabilités avant l’Ascension de Jésus. C’est ainsi l’implication de nombreuses personnes de notre unité pastorale est une preuve que le corps du Christ est renouvelé et l’esparance chrétienne trouve toute sa signification.

Il permet une meilleure connaissance et un suivi des personnes ou des cas pastoraux. Depuis un temps nous nous rendons bien que beaucoup de soin sont portés pour des personnes ou des cas qui demandent de l’attention. On a cessé de désigner telle u telle autre personne de l’équipe pour le suivi d’une personne malade, en besoin d’écoute ou des cas pastoraux à résoudre.

Ce travail en équipe nous permet aussi de célébrer les moments forts de notre vie de foi et humaine ensemble. Depuis un temps nous avons ressenti la bonté et le bien spirituel de célébrer ensemble en secteur. La commission liturgique et notre chorale du secteur n’a cessé de nous offrir le meilleur d’eux –même pour vivre intensément des célébrations forts chez comme à Noel, pâques, sacrements, pèlerinage de rentrée pastorale, rentrée du catéchisme mariage et funérailles etc. C’est bel et bien un plus value de rassembler ses troupes et de les amener au front.
Dans tout cela, le pasteur ne perd pas sa place. Il redevient plus efficace, un vrai manager, un coordonateur. Il est toujours proche de ses brebis, un accompagnateur, un guipe, un véritable sapeur pompier dans la vie de ses ouailles. Qu’il est bon et beau pour des frères de demeurer ensemble dans le travail, la prière et la fraction du pain.

Abbé Donatien Tampwo Mfudi
Curé de l’Unité Pastorale Manhay – Saint-François.


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