Une année nouvelle, un temps favorable

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‘Bonne année, bonne santé !’ Oserons-nous encore prononcer ces mots à l’occasion de la Saint-Sylvestre ? Sans doute, prendront-ils un tout autre sens… L’année 2020 a été bien difficile et, si la pandémie n’est pas terminée, elle laissera bien des traces dans nos vies… Nous avons dû apprendre la démaîtrise. Démaîtrise extérieure, les consignes sanitaires nous ont contraints à rester chez nous, à limiter fortement nos rencontres, à changer nos habitudes, à restreindre les projets. Même l’espace et le temps ont changé brutalement. Et qu’en est-il de la démaîtrise intérieure ? Sommes-nous capables, avec l’apôtre Paul, de dire en vérité « Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20) ?

Les circonstances nouvelles nous ont forcés à la créativité. Nombre de pasteurs, d’équipes pastorales, de catéchistes… rivalisent d’imagination pour que l’Eglise soit présente aux côtés des jeunes comme des plus âgés, des souffrants surtout, dans nos villages, dans nos quartiers… L’Esprit-Saint souffle toujours, en avons-nous suffisamment conscience ? Nous ne sommes pas seuls. Dieu lui-même vient rejoindre son peuple, Il se fait PROCHE ! Ce message de Noël est d’une actualité brûlante en temps de confinement et de distanciation.

Nous nous sommes découvert apprenants : utiliser les moyens modernes de communication, découvrir les avantages des visioconférences et les multiples possibilités des retransmissions vidéo. Mais plus que jamais, nous aspirons à la rencontre, la rencontre vraie avec l’autre, avec les autres… Quelle joie quand nous pourrons à nouveau nous réunir, nous encourager par une poignée de mains, nous serrer dans les bras, partager des moments de convivialité… Plus que jamais, nous aspirons à la rencontre avec l’Autre, si grand et pourtant notre intime, dans la parole partagée, l’eucharistie célébrée, la communauté rassemblée !

L’équipe diocésaine du Chantier espère pouvoir bientôt retrouver les acteurs sur le terrain fertile des paroisses, goûter à nouveau la joie de travailler en présentiel et de bâtir ensemble des communautés signes de cette Unité qui vient de Dieu : « Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance »[1] Jn 15, 5-9. Au cœur de ce temps de pandémie, notre mission aussi est interpellée. Nous devons apprendre à moins nous appuyer sur nos propres forces, nos plans… et à davantage accueillir la nouveauté du Royaume de Dieu.

Abordons cette année 2021 avec un regard plein d’espérance. Ensemble, soyons inlassablement témoins de l’amour de Dieu et de sa tendresse pour les plus fragiles. Par mille et un gestes d’attention, par notre proximité, par notre prière, contribuons à l’avènement de la fraternité universelle. Et 2021 sera une bonne année !

L’équipe diocésaine du Chantier Paroissial


[1] Thème de la Semaine de l’Unité 2021

Des communautés ‘incarnées’ et missionnaires

Photo by Matthew Bowden from FreeImages

L’Église est communion de communautés de croyants dispersées dans les cinq continents. Tout y est enjeu de relations : relation à Dieu par le Christ dans l’Esprit-Saint, relations de ceux qui partagent une même foi, relations entre les croyants et leur environnement. Sans doute, la fécondité d’une communauté chrétienne se mesure-t-elle à la qualité évangélique des relations vécues quelles qu’elles soient.

Il est capital de soigner tout particulièrement le tissu relationnel entre les disciples du Christ, non seulement pour le bien de ceux-ci, mais aussi pour garantir leur tonus missionnaire. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Jean 13-35). La crédibilité du témoignage en dépend très largement.

Animer des communautés pour promouvoir la croissance de leur vécu évangélique a de quoi pomper toute l’énergie des acteurs pastoraux. Pourtant, une communauté ne peut se contenter de fonctionner même si c’est de belle manière. Le pape François insiste sur le danger pour l’Église d’être autoréférentielle et rappelle que tout chrétien est appelé à être toujours davantage disciple-missionnaire. C’est pourquoi, le Chantier Paroissial attire l’attention sur le milieu dans lequel les communautés sont insérées. Il ne s’agit pas d’une simple stratégie pastorale mais bel et bien d’une implication directe de la nature missionnaire de toute communauté de foi.

Nous sommes appelés à témoigner d’un Dieu qui s’est incarné, qui est venu converser avec les hommes, qui a rejoint la condition humaine dans toute son épaisseur pour l’habiter de l’intérieur. Pour ce faire, les communautés d’aujourd’hui doivent porter une grande attention au réel humain dans lequel elles sont insérées, en mesurer les enjeux et en saisir les défis pour l’annonce de l’Evangile.

Dans sa pédagogie, le processus de mise en place des unités pastorales, réalisé avec les équipes locales, consacre une première étape du travail à regarder avec attention la réalité humaine des villes, villages et quartiers qui hébergent les communautés. Il s’agit d’un processus d’appropriation de son environnement et de discernement des priorités pastorales pour bâtir, là où elle vit, une Eglise authentiquement missionnaire. Ce travail enraciné dans la Parole de Dieu et incarné dans l’expérience humaine, ici et maintenant, sera le socle de la dynamique missionnaire que déploiera la future Unité Pastorale.

L’équipe diocésaine du Chantier Paroissial

Des moyens matériels pour la mission

Tous conviendront que la mission de l’Église est d’abord spirituelle. Une lecture superficielle des évangiles donnerait à penser que la pauvreté est valorisée pour elle-même et que l’envoi en mission exige le total dénuement. Si nous en restons-là, il nous faut vendre les couvents, les bâtiments, les ordinateurs et le matériel de bureau utilisés au quotidien par les acteurs pastoraux. En outre, il faut informer l’Etat et les communes qu’ils n’ont plus à intervenir dans le financement du culte catholique.

Sans nier les vocations spécifiques à vivre une pauvreté radicale, les exégètes proposeront d’autres lectures. D’une part, le Nazaréen nous invite à cultiver un juste rapport aux biens matériels. D’autre part, le mystère de l’Incarnation lui-même nous éclaire à ce sujet. En effet, le Fils de Dieu s’est incarné dans une culture particulière. Pour annoncer la Bonne Nouvelle, il a utilisé la langue de ses auditeurs et leurs réalités ont inspiré ses paraboles. Il a usé de barques tantôt comme moyen de transport tantôt comme porte-voix. Les filets des pêcheurs, des jarres de pierre, quelques pains lui ont permis de réaliser des signes au service de la foi.

C’est pourquoi, il est temps de quitter le malaise qui habitent bon nombre de responsables d’Église lorsqu’il s’agit d’argent et de moyens matériels. Tout comme l’évangélisation ne peut se vivre autrement que de manière évangélique, dans la question qui nous occupe, l’Evangile reste la boussole. Cependant, si nous voulons annoncer la Parole du Christ au plus grand nombre, il nous faut l’incarner dans la culture contemporaine et utiliser ses langages. Et cela ne peut se faire sans un minimum de moyens.

Une autre difficulté est inhérente à la réalité belge. Le financement des cultes par l’Etat nous est précieux à plus d’un titre mais il a deux effets pervers. Le premier, c’est de désintéresser bon nombre de croyants des ressources matérielles de leur Eglise. Or, des pans entiers de la pastorale échappent au financement public. Le second, c’est de ne pas envisager les questions matérielles avec suffisamment de perspective et attendre que la « manne tombe du ciel ». Or, si nous voulons être en mesure de relever le défi missionnaire, notre Église doit s’en donner les moyens y compris matériels. Pour cela, il faudra faire preuve de créativité.