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Le goût de l'ordinaire




Ce jour-là, il y avait de l’agitation dans la maison du jeune couple. En effet, ils partaient en amoureux pour un city trip d’un week-end à Prague. Les billets étaient réservés depuis longtemps grâce à quoi le prix de l’avion était dérisoire. L’hôtel all inclusive et une soirée dans le meilleur restaurant de la ville auguraient un séjour extraordinaire.
 
Et voilà que le confinement est venu tout annuler. Tous les projets ont dû être abandonnés, la mobilité réduite à sa plus simple expression, le travail réalisé depuis la maison, et les enfants omniprésents. En un temps record, il a fallu inventer un nouveau mode d’organisation du quotidien. Reconnaissons-le, ce ne fut pas une sinécure. Articuler travail, prise en charge des enfants, tâches ménagères, habiter le temps et l’espace autrement… Une gageure ! Après une période d’adaptation et quelques moments d’énervement bien compréhensibles, un nouveau rythme s’est installé.
 
À la faveur du soleil printanier, de belles balades ont permis de découvrir, à pied ou à vélo, des petits coins de paradis insoupçonnés, des paysages à couper le souffle, des sentiers bucoliques, … à deux pas de chez soi. « Quelle chance d’habiter à la campagne ! », se sont-ils dit bien souvent. À plusieurs reprises, des jeux de société ont fait leur réapparition suscitant exclamations joyeuses tant des parents que des enfants.
 
Faute de pouvoir se rendre à l’hypermarché de la ville voisine, ils ont fait leurs achats chez les commerçants locaux avec qui ils ont tissé de nouveaux liens par masques interposés. Ils ont découvert aussi que de petits producteurs proposaient des paniers de produits frais livrés à domicile. Ils se sont organisés pour aider leur voisine octogénaire afin qu’elle ne s’expose pas en fréquentant les commerces. Le soir, à 20h00, tous se mobilisaient dans le quartier pour soutenir le personnel soignant. Les adultes applaudissaient alors que les enfants tapaient avec cœur sur des couvercles de casseroles et ponctuaient le plaisir de bruyants éclats de rire. Désormais, tous connaissent leurs voisins. Ils les saluent volontiers quand ils les croisent en échangeant un « Prends bien soin de toi ! ». Décidément, le confinement n’a pas que des mauvais côtés.
 
Loin de moi l’intention de nier les épreuves vécues par beaucoup ni les questions et les inquiétudes qui demeurent quant à l’avenir. Cependant, cette expérience du confinement a eu le mérite de nous interpeller sur le mode de vie frénétique qui était la norme jusque mars dernier. Peut-être, nous a-t-il fait retrouver le goût des choses ordinaires, d’une manière de vivre plus sobre laissant davantage de place à la qualité des relations, à la gratuité du temps partagé avec d’autres … bref, aux joies simples.
Saurons-nous en tirer des leçons pour l’avenir ?

Abbé Pascal ROGER, pour l’équipe diocésaine

 

L'équipe au travail pendant le confinement